Quelles pratiques adopter pour pallier les inégalités de genre dans les dispositifs participatifs ?

Le 30 novembre 2021, l’Institut de la Concertation et de la Participation Citoyenne (ICPC) a inauguré le début de son cycle de rencontre « Genre et participation », visant à « partager des connaissances concernant l’état des lieux mais aussi des expériences et pratiques face aux inégalités de genre dans les démarches participatives ou de concertation ».

Réunissant expert.e.s, practicien.ne.s et théoricien.ne.s de la concertation, le chantier « Genre et participation » lancé par l’ICPC s’est ouvert sur une série de questionnements : comment objectiver les inégalités observées au sein des dispositifs de participation ?  Quels dispositifs adopter, quels processus peut-on mettre en place pour pallier les inégalités de genre ? Comment reconnaître au sein de dispositifs une plus grande diversité de genre, au-delà de la binarité hommes/femmes ? Quels liens entre les inégalités de genre et d’autres inégalités ? 

Le webinaire de lancement des rencontres avait pour objectifs de partager un état de la connaissance sur le sujet du genre dans les dispositifs participatifs et d’en dégager les principaux enjeux, afin de poursuivre la discussion jusqu’au printemps 2022. 


1-Un constat : malgré de récentes améliorations, des inégalités de genre encore présentes dans la sphère conventionnelle de la représentation… 

Comme l’a rappelé Catherine Achin, professeur de science politique spécialisée sur les questions de genre en politique, les femmes ont été très longtemps exclues, puis sous représentées au sein des espaces de représentation politique. La loi sur la parité, entrée en vigueur en 2000, a eu des effets positifs indéniables : les dernières élections législatives de 2017 montrent une forte progression des femmes à l’Assemblée Nationale. Malgré ces avancées, les inégalités de genre restent présentes au sein des sphères représentatives : une répartition genrée des délégations, un accès très restreint aux postes à responsabilité (le fameux « plafond de verre ») …  

2- … mais aussi au sein des dispositifs participatifs, malgré la volonté d’inclusion

Les dispositifs participatifs ont pour objectif de toucher un public le plus large possible, et ainsi de permettre la participation de tous et toutes à l’élaboration des politiques publiques. Or, les acteurs de la concertation constatent que les hommes restent majoritaires dans les espaces de participation et de concertation, en particulier sur des sujets techniques : ils y sont plus nombreux et y prennent plus la parole. Cette « sur-représentation » n’est pas sans risque pour la réussite des dispositifs. En prenant l’exemple des concertations sur l’aménagement de la ville, Nolwenn Le Chevalier, auteure d’un mémoire sur le genre dans la participation citoyenne, constate que cela amène à ne prendre en compte qu’une vision monochrome de la ville et de son aménagement, celle des hommes, alors que ces dispositifs devraient amener à une compréhension plus large et diversifiée. 

3-La nécessité de revêtir « les lunettes du genre » pour appréhender le genre dans les dispositifs participatifs

Pour aller au-delà du constat, il est nécessaire d’objectiver les inégalités de genre dans les dispositifs participatifs. Cette objectivation peut passer par une attention plus forte aux comportements genrés à l’œuvre dans les espaces de participation, par exemple en étant attentif.ve.s au genre des personnes qui prennent la parole, et la longueur des interventions. 

4-Repenser nos pratiques pour tendre vers des processus plus inclusifs

Afin de pallier les inégalités de genre, il convient d’abord de changer de paradigme dans l’objectif des dispositifs participatifs en ne cherchant pas à tout prix à faire valoir uniquement un « intérêt général ». Les femmes peuvent être amenées à aborder des sujets jugés « particuliers » parce que relevant d’une expérience liée à leur genre, souvent mis de côté au nom d’un intérêt général. Par exemple, le souhait d’un meilleur éclairage de l’espace public pour assurer le sentiment de sécurité des femmes Vs le besoin de limiter l’éclairage au profit de la biodiversité en ville. 

Prenant appui sur les freins identifiés à la participation des femmes, le plus souvent liés aux fonctions de « care » qui leur reviennent encore largement, l’intervenante invite à repenser les outils, les lieux et les temps de la participation citoyenne : développer la participation en mouvement, in situ, repenser la disposition des salles, etc. Les participant.e.s au webinaire identifient d’autres bonnes pratiques lors du temps d’échanges, comme une attention à la parité dans les interventions d’expert.e.s dans les espaces de participation. 

Pour aller plus loin, nous vous invitons à consulter « Le guide de la participation en faveur de l’égalité femmes-hommes » de l’Institut de la Concertation et de la Participation Citoyenne.  


Cet article a été rédigé par  Manon Potet, Consultante concertation.

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